Envolons-nous quelques instants pour la Californie des années 1970. Pays merveilleux du cheveu fou, du muscle saillant et du maillot de bain trop petit. Fabuleuse contrée qui a offert au rock des groupes tels que "The Doors," "The Beach Boys", "Jefferson Airplane", "Grateful Dead", "Red Hot Chili Peppers" et autres "Rage Against The Machine". Parmi ces enfants surdoués, la Californie a engendré un groupe inclassable qui nous sert une douce variété évoluant du rock progressif au jazz en passant par des rythmes syncopés aux portes du funk  :

STEELY DAN

On attaque par une petite sélection pour se mettre dans le bain


C’EST QUI ?

Steely Dan est un duo de juifs new-yorkais installés en Californie : Donald Fagen, Chanteur, claviériste et saxophoniste et Walter Becker, bassiste et guitariste. Les deux hommes se rencontrent au Bard College, dans l’état de New York, à la fin des années 1960. Ils partagent la passion du jazz et de la course aux jupons. Mais les deux amis sont très laids et les filles le leur rendent bien.

SteelyDanHotelEurope

Après quelques maquettes laborieuses et sans avenir, les deux garçons croisent le chemin de Gary Katz, un jeune directeur artistique séduit par la sensibilité et la sophistication des compositions du duo. Il produira tous les albums du groupe. Quand Katz obtient un poste de directeur artistique chez ABC, il emmène avec lui ses deux protégés et finit par convaincre la maison de disque de les laisser entrer en studio. Leur premier album « Can’t By A Thrill », sorti en 1972, est un succès et les deux auteurs compositeurs sont maintenant un groupe : Steely Dan. Un nom choisi en référence au roman «Le Festin Nu » de William Burroughs ou Dan-le-bras-de-fer est un Godemichet.
Passons sur les cinq premiers albums, qui mériteraient chacun un article et arrêtons-nous sur Aja, considéré par certain comme le meilleur disque du groupe.


AJA

Aja

Nous sommes en 1977, cinq albums sont sortis et Steely Dan s’est forgé une solide réputation de groupe de studio. Au fil des disques, leur son s’est étoffé. Les compositions pop-rock toujours plus travaillées et l’intervention de musiciens très influencés par le jazz et le funk ont sans doute orienté le son du groupe. Du rock léché des premiers albums, le duo est arrivé à un style nouveau dans lequel il excelle : le jazz-rock. En cette fin des années 1970, le mouvement punk est quant à lui en pleine explosion et Steely Dan est à l’opposé de la spontanéité créative prônée par le « No Future ». Avec Aja, ils s’orientent encore un peu plus vers des superproductions élégantes nécessitant des mois de travail en compagnie des meilleurs musiciens de la côte Ouest. En effet, dans Aja, quelques grands noms entourent Becker et Fagen : Joe Sample, le génial clavier jazz des Crusaders qui a aussi collaboré avec Miles Davis et Georges Benson, les batteurs Steve Gadd et Bernard Purdie, le bassiste Chuck Rainey, le saxophoniste arrangeur Tom Scott ou encore Wayne Shorter se reposant des sessions avec Weather Report.

SteelyDanFagenBeckerInstrus

Le disque est excessivement bien enregistré. Excessivement car une telle sophistication peut parfois aboutir à des albums trop froids, trop travaillés. Mais Aja n’a pas ce défaut. Le rendu très lisse de la production sert à merveille les compositions complexes aux mélodies chaleureuses de Donald Fagen et Walter Becker.
Si Steely Dan ouvre encore un peu plus les portes du jazz et du funk avec ce disque, Aja n’en demeure pas moins un album de chansons qui rappelle que la musique peut être à la fois populaire et savante.


MON COUP DE COEUR : BLACK COW

Batterie : Paul Humphrey
Basse : Chuck Rainey
Piano électrique : Victor Feldman
Clavinet : Joe Sample
Chant, Synthesizer : Donald Fagen
Sax ténor : Tom Scott
Chœurs : Clydie King, Venetta Fields, Sherlie Matthews, Rebecca Louis.

Black Cow représente pour moi la claque d’ouverture de l’album. Tout est dans l’intro : une note de guitare cristalline,  portée par la simplicité groovy d’une ligne de basse doublée au clavinet. Le tout, déposé sur une batterie au funk incisif suffirait à me faire bouger la tête une vie entière. Puis Donald Fagen lance le chant de sa voix nasillarde. Un brin mélancolique, il est sublimé par des chœurs superbement arrangés. Les cuivres conduits par Tom Scott  ne déméritent pas non plus. Ils s’installent discrètement, participant aux petits événements de mise en place qui permettent au titre de ne jamais tourner en rond. Quelques refrains et un solo de clavier plus tard, Tom Scott est déjà en train de conclure le morceau par quelques fulgurances de sax bien senties. Cinq minutes sont passées et l’intro me résonne encore en tête. Les bons morceaux sont toujours trop courts.


Discographie sélective :

Can’t Buy A thrill (1972)
Countdown To Extasy (1973)
Pretzel Logic (1974)
Katy Lied (1975)
The Royal Scam (1976)
Aja (1977)
Gaucho (1980)

Joe Lakompil